Orange mécanique... au théatre
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Orange mécanique... au théatre
Si vous zavez fait un petit tour à Paris ces derniers temps vous navet pas pu échapper aux grandes affiches annonçant le spectac "Orange mécanique - Interdit au moins de 16 ans" au cirque d'hiver.
Franchement j'y serait bien allé faire un tour mais je viens de tomber sur une critique dans Le Monde :
Franchement j'y serait bien allé faire un tour mais je viens de tomber sur une critique dans Le Monde :
[...]A voir Orange mécanique sur scène, soit Philippe Hersen a une très haute exigence en matière d'éducation, soit il a une très faible connaissance des pratiques des enfants et adolescents, qui, ne serait-ce qu'à travers la télévision et les jeux vidéo, sont autrement plus au fait de la violence et du sexe que l'image qu'en donne le spectacle : voir un homme nu comme au service militaire et une femme nue comme dans un peep-show, il n'y a pas là de quoi fouetter méchamment une cervelle pubère. Pas plus d'ailleurs que dans les quelques images et scènes de violence, très largement en dessous du moindre manga.
Plus sérieusement, Philippe Hersen a trouvé le filon publicitaire pour appâter le chaland. Et cela marche : la salle de l'ancienne ménagerie du Cirque d'hiver est pleine. Pour autant, Hersen n'a pas su faire passer Orange mécanique. Le spectacle est à ce point mauvais que les bras en tombent. Comment vous dire ? C'est comme si l'on plaquait un commentaire de foot de troisième zone sur L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty, de Peter Handke.
"Le film culte arrive enfin au théâtre !", dit l'annonce. Sans préciser que le film, inspiré du livre d'Anthony Burgess, est de Stanley Kubrick, qui serait capable de se réveiller d'entre les morts s'il voyait qu'on l'utilise ainsi aujourd'hui, lui qui, en 1973, deux ans après la sortie d'Orange mécanique, demanda à Warner Brothers de retirer le film des écrans britanniques, parce que la violence d'Alex, le personnage principal, avait fait trop d'émules.
RIEN DE RIEN
De cette violence, que reste-t-il ici ? Même pas un simulacre, comme on pouvait le craindre, mais une décalcomanie, à l'image de cette séquence où Alex s'agite sur une poupée gonflable, en ombre chinoise derrière un rideau. Si au moins le spectacle versait dans le Grand Guignol du Boulevard du crime - ce théâtre populaire et outrancier qui fit un triomphe au XIXe siècle à l'endroit même où a été édifié le Cirque d'hiver -, alors il se passerait quelque chose.
Mais là, non, rien de rien, il ne se passe rien. Vous êtes assis sur des gradins qui se font face, avec deux scènes sur les côtés, et un décor bricolé au milieu. Et vous entendez un texte qui nie l'invention faramineuse d'Anthony Burgess mêlant le cockney, Joyce et le russe dans le récit d'Alex, le narrateur d'Orange mécanique.
Le texte de l'adaptation est à l'aune du propos : faire semblant d'accréditer l'idée qu'on parle de violence et de sexe dans une société et un cerveau déboussolés, quand on dévide un scénario du degré zéro, joué d'une manière amatrice et soutenu par une musique qui zigouille la 5e Symphonie de Beethoven (celle dont parle Burgess, quand Kubrick prit la Neuvième).
La seule note amusante, dans tout cela, est que cette chronique paraît le 25 février, jour anniversaire de la naissance d'Anthony Burgess (mort le 25 novembre 1993), qui avait donné comme titre à son livre une expression entendue dans un pub : "Aussi bizarre qu'une orange mécanique." Il aurait 89 ans, et "il se faisait un plaisir d'être libre sur la terre, d'être un passager", disait de lui son épouse Liana.

















